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Face au fascisme décomplexé, la résistance s’organise

En Bulgarie, l’extrême droite est visible partout, des murs où s’affichent sans honte croix gammées et slogans anti-Rroms et nazis à la rhétorique haineuse du parti Ataka. A Sofia, de timides mais organisées révoltes surgissent, souvent réprimées.

Une société malade du racisme, ou quand un Bulgare sur cinq est favorable à une forme de nettoyage ethnique

Les préjugés et stéréotypes xénophobes sont répandus chez les Bulgares dits de souche. Un sondage (1) montre qu’environ un Bulgare sur cinq nourrirait des convictions anti-rroms, anti-turques et dans une moindre mesure anti-arméniennes et antisémites. Ils ne reconnaissent même pas le droit de ces personnes à vivre dans le même pays qu’eux. Cela représente des milliers de personnes, qui n’auraient pas d’objection à une forme de nettoyage ethnique. Effrayant.

86 % des personnes interrogées, sont entièrement ou en partie d’accord avec le fait que les Rroms sont «fainéants et irresponsables» et 85% pensent qu’il est impossible de leur faire confiance. 57% sont convaincus que les Turcs sont des « fanatiques religieux ».

Sur Facebook, on affiche aussi ses convictions haineuses

Ainsi, sur ce réseau social, on trouve/trouvait des groupes tels que « Il faut castrer les tsiganes (2) plutôt que les chiens errants » ; « Utilisons les tsiganes comme combustible nucléaire » ; « Transformons les tsiganes en savon » (3). Terrifiant.

Les personnes avec de telles croyances forment la base de l’électorat d’extrême droite, et aussi des « activistes » de groupuscules fascisants, et hooliganistes.

L’Alliance Bulgare Nationale prêche un racisme sans fioritures, et passe à l’action

Sur leur site (dont je ne ferai pas la pub), ils se définissent comme un groupe patriote et nationaliste. L’Alliance Nationale Bulgare se proclame ouvertement comme successeur légitime de l’organisation fasciste la plus importante des années 1940, pendant la collaboration de la Bulgarie avec le régime nazi d’Hitler en Allemagne : l’Union de Légions Nationales Bulgares. Ils affichent clairement leurs liens avec la Phalange espagnole, et leurs « actions » telles que la « Campagne anti-gay : contre l’homosexualité et la pédophilie ». Amalgame affligeant s’il en est. Ils portent aussi la responsabilité de plusieurs attaques violentes.

Les attaques de militants, de Rroms, d’homosexuels

En Juin 2008, la première Gay Pride de Sofia a sombré dans la violence. Plus d’une centaine de militants ont marché dans les rues de la capitale pour protester contre les discriminations dont sont victimes les homosexuels, bisexuels et transsexuels. En 2011, la marche des fiertés ne s’est pas non plus déroulée sans heurts.

A l’époque, des groupes religieux et d’extrême droite ainsi que des partis politiques avaient demandé l’interdiction de cette marche. Le patriarche de l’Église orthodoxe bulgare avait qualifié cette manifestation de « marche de l’immoralité et du péché », et le grand mufti de Sofia avait déclaré que l’homosexualité était une maladie. Même le Premier ministre socialiste d’alors, Sergei Stanishev avait déclaré ne pas apprécier « la manifestation et l’étalage de ses orientations sexuelles ».

L’Alliance Nationale Bulgare, elle, avait appelé à « une semaine de l’intolérance envers les gays » et avait menacé d’utiliser la violence. La marche avait commencé avec des slogans hostiles, jets de pierres, pétards et cocktails molotov, et s’était poursuivie avec des attaques de manifestants par des militants d’extrême droite et autres skinheads. La police anti-émeute avait alors procédé à l’arrestation de 88 personnes, dont Boyan Rasate, à l’époque leader de l’Alliance Nationale Bulgare. (4)

Le 6 Juin 2010 à Sofia a eu lieu une manifestation pour soutenir les droits des réfugiés et des migrants. La protestation a pris place devant le camp d’enfermement des étrangers de Busmantsi. Peu de temps avant le début de la manifestation, un groupe de skinheads armés de barres de fer a violemment attaqué plusieurs personnes dans un tramway sur le chemin de la manifestation. Quatre d’entre eux ont été sérieusement blessés (5). Quelques jours après, les mêmes militants et leurs soutiens ont organisé un rassemblement contre le néonazisme et les attaques de citoyens pacifiques.

La marche Lukov : chaque année, de nombreux nazillons battent le pavé à la gloire d’un facho

Tous les 12 Février à Sofia, l’Alliance Nationale Bulgare organise un défilé aux flambeaux en l’honneur du fasciste bulgare tristement célèbre, Hristo Lukov (6), cette marche attire également les membres d’autres groupes informels fascistes et néo-nazis comme « Résistance Nationale », « Sang et Honneur » qui sont des groupes de hooligans.

Cette marche, qui a lieu à la tombée de la nuit, a regroupé cette année deux cent personnes, en rangs militaires, certains en uniformes d’avant-guerre, arpentant Sofia en hurlant des slogans nazis, avant de rendre hommage à leur héros devant la tombe du soldat inconnu. Cette année, une fois de plus, des organisations juives, des ONG et des militants de gauche et anarchistes ont en vain demandé l’interdiction de la marche.

En protestation, XORA, « Initiative contre le néofascisme, le racisme et la xénophobie » a organisé une marche. Une trentaine d’activistes ont défilé sous les slogans : « Le fascisme n’est pas une opinion, c’est un crime », « Municipalité de Sofia, encore combien de défilés Néo-nazis ? », « Soyons Humains, et pas nazis » (7).

Combien pèsent 30 pacifistes face à 200 énervés ? La marche a bien eu lieu, cette année encore.

En décembre 2010, après un match de football entre le CSKA Sofia et l’équipe turque Besitkas, de violentes émeutes ont éclaté. Deux jeunes Rroms ont été agressés dans un bus. Ce n’est pas un incident isolé. L’année 2010 a été marquée par des attaques brutales de Rroms dans la capitale. Il y a deux ans, un jeune homme avait été assassiné dans le parc central de Sofia au seul motif qu’il ressemblait à un homosexuel. (8)
Toutes ces attaques ne sont pas relayées par les médias. Elles restent ainsi anonymes, et laissent la plupart du temps leurs auteurs impunis.

Dessine moi un parti fasciste : l’essor d’Ataka

Ataka est un parti d’extrême-droite, 4ème force parlementaire, animé de discours turcophobes, anti-Rroms, homophobes, antisémites et largement anti-occidentaux. Paradoxalement, le parti a obtenu deux sièges aux élections européennes avec 12 % des voix.

L’une des revendications du parti est d’instaurer le christianisme orthodoxe comme religion officielle, et de restaurer la peine de mort.

Thèmes tristement classiques de l’extrême droite en Europe, un retour de la Bulgarie aux bulgares, une émancipation des minorités, en interne, et des organisations internationales (Fonds Monétaire International et Banque Mondiale) en externe.

Quant aux Rroms, le leader du parti, Volen Siderov (que certains bulgares appellent « Bolen », traduire: « le malade ») propose en meeting de campagne électorale, de les envoyer en prison ou encore « d’en faire du savon ».

Les Rroms sont érigés en symbole des maux dont souffre la Bulgarie (9). Siderov est tout aussi virulent contre les juifs et leurs supposés « complots », maniant tous les clichés d’un antisémitisme d’importation. Récemment, le Bulgarian Helsinki Committee a élevé sa voix contre la réimpression de deux livres de Siderov dans lesquels il exprime ouvertement sa haine des juifs.

Face à ce terreau anti-démocratique, des noyaux de résistance se mettent en place, s’organisent sur les réseaux sociaux comme dans les rues, et restent en alerte. Soyons solidaires, relayons leur combat, et n’oublions pas de le mener où que l’on soit.

Pour aller plus loin:

A voir, une série de graffitis fascistes et anti-fascistes ici

Lien vers la dernière mobilisation antifasciste de XORA, photos et vidéos ici

1- « Attitudes interethniques, distances sociales et orientations de valeur. Enquête nationale représentative de Bulgares âgés de 18 à 70 ans». Conduite par BBSS Gallup sur requête du Bulgarian Helsinki Committee. Auteurs de l’étude : Dr. Krassimir Kanev, Emil Cohen et Zhivko Georgiev.Voir ici

2- En bulgare, le terme «tsigane» est très péjoratif

3- Voir à ce sujet l’article d’Alexandre Levy sur le blog Western Balkans

4- Voir ici une vidéo sous titrée en anglais de l’interview de Boyan Rasate, suivie des images des émeutes

5- Voir l’article sur Indymédia Bulgarie ici

6- Le général Hristo Lukov a exercé les fonctions de Ministre de la guerre en Bulgarie entre 1935 et 1938, période dans laquelle le pays est devenu un allié officiel de l’Allemagne nazie. Le général Lukov était en charge des relations avec le régime d’Hitler et déployait des troupes bulgares pour les opérations militaires en soutien de l’armée allemande sur le front de l’est pendant la Seconde Guerre mondiale. Il préconisa l’adoption de lois antisémites. Il est le fondateur des Légions de l’Union Bulgare Nationale.

7- Voir la vidéo de la protestation ici

8- Ces attaques ont été dénoncées par un communiqué de presse de la Bulgarian Activist Alliance, en bulgare ici

9- Voir Nadège Ragaru – Ataka : les raisons du succès d’un parti nationaliste radical en Bulgarie – Septembre 2008

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